Etape 22 - Chibougamau/Lebel-sur–Quévillon

vendredi 13 août 2010
par  Céline
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  • Etape 22 – samedi 8 aout de Chibougamau à Lebel-sur–Quévillon 3h24 - 244 km

Les prévisions météo prises tôt ce matin me laissent espérer une période assez calme malgré un vent de 20kt de face (en gros multiplier par 2 pour les km, et retrancher de la vitesse de croisière de 100km/h ou 54kt) , pression toujours à 1008, et en allant vers le sud, les choses devraient s’améliorer en m’éloignant du centre de la dépression. Préparation rapide en tenant compte des obligations de Jean-Guy.

Je décolle à 9h50. Le ciel est gris mais le plafond haut. Le vent est un peu rafaleux et se présente presque de trois-quarts la plupart du temps du vol. Je n’avance pas très vite sous un ciel plombé. Je vois quelques mines d’or, de diamant, des moulins à bois et des barrages générateurs d’électricité et donc des fils pour la transporter.


Pendant quelques temps le soleil me fait découvrir la brousse avec un sourire. Quelle est belle sous ses rayons, même si bien peu de relief semble exister ici. Les rivières lascives, et les lacs se succèdent. La forêt y est vraiment beaucoup plus exploitée qu’ailleurs, et pas souvent replantée. Seules deux villes (on dirait villages chez nous) dont une est manifestement une réserve amérindienne, parfois quelques baraques, scandent le voyage.


Au bout d’un long moment, j’ai la sensation que plutôt que de s’améliorer, les rafales sont de plus en plus fortes et le ciel présente maintenant une grande partie bleue à l’horizon et une autre sous laquelle je suis, bien grise et hostile. Mon antenne météo ne semble pas me rassurer sur les intentions de ces nuages. Charlie et moi dansons dans les rafales au point qu’à force je prends la décision de terminer l’étape au premier aéroport sans aller jusqu’à Val d’Or comme je le pensais. Heureusement, il en existe un sur le trajet. D’ailleurs, à la vitesse où nous progressons, 40 kt, le réservoir risque de se vider avant Val d’Or.


Le prochain aéroport est Lebel sur Quévillon, une petite ville située près d’un lac où la seule industrie semble être un moulin à bois… désaffecté.


Encore un atterrissage avec le vent complètement travers piste. Quand je suis posée, je prends la mesure des rafales, je comprends mieux pourquoi nous partagions une danse endiablée. Je ne sais même plus par quoi commencer pour immobiliser Charlie au sol. Les conseils de Frédéric Cruciani me reviennent. Jusqu’à maintenant, je n’avais utilisé sa méthode qu’à moitié, en la composant avec celle de Christophe Gruault ; cette fois, c’est celle que j’applique en urgence car je ne peux poser aucun piquet sur l’aire réservée aux avions et manifestement, je ne peux pas prendre le risque de descendre l’aile du fait des bagages à démonter avant. Et elle réussit immédiatement à stabiliser Charlie. Après je peux le déplacer et lui trouver une place plus adaptée à notre état de « bohémiens » en Québec, traduisez voyageurs.

Ensuite, je fais le tour des lieux de cet aéroport. Un désert. 2 avions attachés, une voiture face à un emplacement d’avion, (le seul qui présente des attaches au sol et que j’avais pensé utiliser temporairement) une piste défoncée, de l’asphalte et du gravier, aucun espace de terre où planter la tente, la maison d’aéroport fermée à clé malgré une grande pancarte, « bienvenue à la salle d’attente ». Un autre bâtiment préfabriqué (à la mode canadienne, c’est-à-dire une maison transportée sur un camion) et quelques dépendances sont réservés aux services de lutte contre l’incendie, aucune connexion internet sans fil disponible de l’extérieur. La ville est à 5km et la route est proche, j’imagine faire du stop pour aller chercher de l’essence, téléphoner pour prévenir de mon arrêt. Il est environ 14h et je ne vois pas d’où pourrait venir une quelconque aide un samedi.

Il fait chaud, les rafales sont terribles, d’ailleurs les flaques d’eau ont des vagues ! Le ciel est noir, puis tout s’apaise un peu, du ciel plus clair apparait derrière, me laissant espérer une amélioration. Les mouches noires ressortent dès que le vent s’apaise un peu. Et tout se gâte à nouveau une demi-heure plus tard. Je ne comprends pas, ça ne ressemble en rien aux prévisions !

J’essaie de trier les priorités. Pour repartir, quel que soit le moment, il me faudra d’abord assurer sinon le plein d’essence au moins son complément pour arriver jusqu’à Val d’Or. Ensuite, je dois prévenir ma famille. Le téléphone satellite est encore la seule solution. Enfin, je dois trouver le moyen de consulter la météo pour savoir quoi faire : repartir en espérant trouver mieux ou rester ici et prendre les dispositions nécessaires.

Une voiture arrive mais fait juste le tour pour voir Charlie et repart quand les personnes me voit. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Vers 16h15, deux personnes travaillant à la Sopfeu, la société de lutte contre les incendies au Québec, arrivent. L’aubaine ! Au Canada, beaucoup d’entreprises travaillent samedi et dimanche. C’est le cas pour Sopfeu. Je sollicite des explications sur les habitudes de l’aéroport et de l’aide, comprenant vite qu’il n’y aura que ces deux personnes là pour m’aider vraiment et facilement vu l’heure. Et là, j’ai la surprise, quand peu à peu, ils me disent qu’ils disposent seulement jusqu’à 17h pour m’aider car après, ils auront fini leur service ! et demain, c’est à partir de 7h, ni avant, ni après !!

Je suis morte de rire intérieurement mais je suis aussi dans l’urgence du compte à rebours. Essence à la ville, météo dans le bureau, décision, préparation pour une nuit sur place pour Charlie, motel pour moi, tout doit être bouclé pour 17h. J’en oublie de protéger les filtres à air d’une ondée. Et à partir de 17h30, ce n’est pas une ondée qui tombe mais des trombes pendant plusieurs heures, bravo les 40% de chance de pluie (car au Canada, sous l’influence anglophone, on parle toujours de chance jamais de risques) ! ce n’était pas une chance pour tout le monde. Demain, il fera jour !

Leg 22 - Saturday, August 8 Chibougamau in Lebel-sur-Quevillon 3:24 - 244 km

The forecast made early this morning give me hope relative calm despite a headwind of 20kt (multiply by 2 for miles, and subtract the cruising speed of 100km / h or 54kt), pressure still 1008, and going south, things should improve in going away from the center of the depression. Rapid preparation taking into account the obligations of Jean-Guy.

I took off at 9:50. The sky is gray but the high ceiling. The wind is a bit gusty and appears almost three-quarters majority of the time of flight. I am moving no very quickly under a leaden sky. I see some gold mines, diamonds, timber mills and dams generate electricity and thus son to carry it.


For some time the sun makes me discover the bush with a smile. What is beautiful in its rays, though very little relief seems to exist here. Rivers lascivious, and lakes come and go. The forest is really much more exploited than elsewhere, and often not replanted. Only two cities (we would say just villages) of which is obviously an Indian reservation, sometimes a few huts, punctuate the trip.


After a long time, I feel that rather than improving, the gusts are becoming stronger and the sky has now much blue on the horizon and another in which I am very gray and hostile. My antenna weather does not seem to reassure me about the intentions of these clouds. Charlie and I dance in the gusts point dint I decide to finish the stage without going to the first airport to Val d’Or as I thought. Fortunately, there is one on the journey. Besides, the speed at which we move, 40 kt, the tank may be emptied before Val d’Or.

The closest airport is Quevillon Lebel, a small town near a lake where the only industry appears to be an abandoned sawmill ....

Another landing with the wind completely through trail. When I’m asked, I am far gusts, I understand better why we share a particular dance. I do not even know where to begin to stop Charlie in the ground. Tips from Frederic Cruciani me back. Until now I had only used it half, the component with that of Christopher Gruault, this time is that I apply in an emergency because I can not ask any post in the area reserved for aircraft and obviously I can not take the risk down the wing because of the luggage before dismantling. And she succeeds immediately to stabilize Charlie. Then I can move and find a place more suited to our state of "gypsies" in Quebec, translate travelers.

Then I go around the places of the airport. A desert. Attached 2 planes, a car against a plane location (the only one who has ties to the ground and I thought of using temporarily) a rutted track, asphalt and gravel, no piece of land to plant a tent, the home airport locked despite a large sign, "welcome to the waiting room." Another prefabricated building (Canadian style, is to say a house transported on a truck) and some outbuildings are reserved for services struggle against fire, no wireless internet connection accessible from outside. The town is 5km away and the road is near, I guess to hitchhike to get gasoline, to prevent my phone off. It is about 14h and I do not see where any help could come that Saturday.

It’s hot, the gusts are terrible, besides the puddles have waves ! The sky is black, then everything calms down a bit, the sky clearer appears behind, leaving me to hope for improvement. The black flies emerge from the wind dies down a bit. And it all breaks again half an hour later. I do not understand, it looks nothing like the forecast ! I’m trying to sort out priorities. To leave, whatever the time, I must first ensure if not refueled at least its complement to get to Val d’Or. Then I have to warn my family. The satellite phone is still the only solution. Finally, I must find a way to check the weather to know what to do : go back hoping to find better or stay here and make the necessary arrangements.

A car arrives but does just the trick to see Charlie and restarts when people see me. What does this mean ?

Around 16:15, two people working at Sopfeu, the company fight against fires in Quebec arrive. The bargain ! In Canada, a lot of companies work on Saturday and Sunday. This is the case Sopfeu. I seek clarification on the habits of the airport and assistance, including fast that there will be only two people there to help me really easily seen now. And then I surprise, when little by little, they tell me they have only until 17h to help me because after they have finished their service ! and tomorrow, from 7am, before or after !

I died laughing inside but I’m also in the urgency of the countdown. Gasoline in the city, weather in the office, decision, preparation for an overnight stay for Charlie, motel for me, everything must be completed for 17h. I forgot to protect the air filters of a shower. And starting from 17:30, not a shower, which falls but tornadoes for several hours, Bravo 40% chance of rain (as in Canada, under the influence of English, we always talk about luck always safe) ! it was not a chance for everyone. Tomorrow, it will be light !


Commentaires

Logo de odile
mercredi 4 avril 2012 à 14h38 - par  odile

3 octobre 2010, par odile
Bonjour Serge,

Je n’ai vu qu’hier ton message sur l’étape 22. Je suis bien contente de savoir que toi aussi tu es de cette région du Québec, mais peut-être que tu me l’avais dit l’année dernière et que je ne capte que maintenant du fait que je connais. J’y suis passée pour plusieurs raisons ensemble. D’abord pour changer de route aussi souvent que je peux quand je passe dans les mêmes régions, mais aussi pour ce nom fabuleux de Val-d’Or qui, bien sûr, évoque des lieux mythiques liés à la recherche d’or. J’avais eu l’occasion de lire des récits captivants. Il est vrai que d’en haut, l’approche est particulière. C’était aussi ma route puisque j’avais voulu aller voir la baie James et que j’ai dû abandonner du fait des dépressions successives, il fallait bien en redescendre de toute façon. Et puis, passer à La Sarre, je l’ai fait aussi pour Gilles, l’ami de Marathon. En cours de voyage nous avions échangé et il m’avait dit être originaire de là-bas. Il était bien heureux de voir des photos des lieux où il avait vécu et où vit encore une partie de sa famille. Je vais d’ailleurs envoyer un dvd de photos à sa sœur Carmen qui m’a accueillie à Elliot Lake. Si ça te fait plaisir, je peux en faire autant pour toi. Il te suffit de me le faire savoir et de t’engager à ne pas utiliser mes photos pour autre chose !

A bientôt,

odile

mardi 3 avril 2012 à 22h02

15 août 2010, venant de S0106000e08e938d1.ls.shawcable.net
la meteo est epouvantable ici aussi ! je ne sais pas quand je pourrai quitter marathon pour winnipeg qui vit un sale moment. je vous tiens informes odile

mardi 3 avril 2012 à 22h00

24 septembre 2010, par Serge
Site à visiter : http://mt7.ca
Bonjour Odile, Je viens de cette région. Je n’en ai pas vu autant que toi des airs. J’ai de la famille presque partout, incluant Chibougamau et surtout Val D’Or. à+tard, Serge.

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mardi 28 mai 2013

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