Etape 24 - Kapuskasing/Marathon

mardi 17 août 2010
par  Céline
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  • Etape 24 – le 9 aout, Kapuskasing – Marathon ; 419km - 5h26

Kapuskasing est une petite ville qui vit de son moulin à bois, il est énorme et le seul lieu de travail pour la majorité de la population de la ville.


J’ai vu aussi une gare ancienne avec son musée. C’est la première fois que je vois une locomotive à vapeur au Canada. J’avais pu voir quelques gares anciennes, je pourrais les compter sur les doigts d’une seule main, mais sans engins roulants !

Jack prend le temps de me faire visiter pendant que Denise prépare le repas. Denise est une passionnée de généalogie. Elle travaille sur les lignées de sa famille jusqu’en Normandie, d’où elle est originaire. Ce qui me bouleverse chez elle, c’est que ce travail l’amène non pas à passer sa vie dans le passé, mais au contraire à en faire quelque chose pour vivre ici et maintenant pour l’avenir. C’est la première fois que je ressens cela en présence de généalogistes. Elle organise des rencontres de passionnés, elle voyage en France, elle cultive les deux langues dans sa famille et se réjouit que ses enfants soient fiers de parler français. Nous échangeons sur ce phénomène de la langue au Canada. Ce pays s’est comporté de manière parfaitement ouverte et courageuse en choisissant d’avoir deux langues officielles.

Il fait le nécessaire pour être en harmonie avec son choix, par exemple en exigeant que le personnel fédéral soit bilingue, en exigeant l’information sur les produits de consommation courante dans les deux langues, etc. Les écoles sont francophones ou anglophones, il n’en existe pas de vraiment bilingues, comme en Bretagne par exemple. Par contre, les enfants sont pris dans des conflits de loyauté entre parents, enseignants, copains. Car il est souvent hors de question pour les uns d’apprendre la langue des autres, comme s’il s’agissait d’une injure, d’une trahison vis-à-vis des choix parentaux. Même s’ils apprennent tôt une langue, quand les parents doivent choisir l’école du fait des contraintes locales, les enfants ont tendance à oublier l’autre langue, ils ne cultivent pas leurs acquis. Même les livres pour les enfants ne sont jamais qu’en une seule langue ! Dans cette famille, si Denise est francophone d’origine, elle parle habituellement en anglais. Jack, anglophone, n’a jamais appris le français ; c’est souvent ainsi. On m’a dit : pour sept femmes francophones qui épousent un anglophone, seulement un homme apprendra le français. C’est l’impact de l’histoire. Et bien, c’est grâce aux petits-enfants, dont certains vivent au Québec et sont donc francophones, que Jack commence à apprendre le français pour communiquer avec eux ! Et il est tout heureux de me parler en français quand il le peut. Si vous saviez comme c’est un mélange de sentiments brulants pour tous les canadiens : intolérance, blessure, exclusion, ségrégation, choix péremptoire, sans concession ! Finalement, à mes yeux, les vrais canadiens, ce sont les bilingues, comme leur pays ! Avec un peu de bonne volonté, des améliorations pourraient être apportées : tous les livres pourraient être doubles une page d’un coté en français l’autre en anglais, tous les livres d’enfant dans les deux langues, toutes les nouvelles à la télé sous-titrées, de vraies écoles bilingues où les deux langues sont bien équilibrées, etc. Déjà l’étiquetage de tous les produits vendus au Canada est réalisé dans les deux langues, bon, d’accord, ce n’est pas encore parfait, parfois les traductions sont faites d’une drôle de manière… mais ça existe, alors pourquoi pas plus ?

Et je m’aperçois au fil des jours, que beaucoup de personnes disent souffrir de cet état séparatiste, avoir des idées pour améliorer les choses, trouver de l’intérêt à être bilingue, etc. L’Ontario du nord recèle beaucoup de francophones qui sont fiers de leur langue mais sont bilingues. Ils font en sorte de la garder et même de la développer. Ils ont même une association et un drapeau pour se reconnaitre.

A l’aéroport, un couple nous rejoint, anglophone, mais ils sont fiers d’essayer de parler avec moi en français ! Aussi parce que je suis une française de France, pas une française du Québec, c’est le poids de l’histoire. Autant les Canadiens sont attachés à la France, autant ils sont partagés dans leur propre pays du fait des évènements historiques qui les ont opposés et déchirés.


Sur le chemin de l’aéroport, je tombe en extase devant un énorme outil transporté sur un poids lourd. Jack m’explique qu’il s’agit de l’outil hydraulique qui sert à exploiter la forêt. Il se souvient que son père, qui habitait The Great Slave Lake dans les Territoires de nord-ouest, a été le premier concepteur d’un engin similaire mais pas encore hydraulique à cette époque, à la base d’un tracteur, il a déposé son invention, a créé une entreprise, l’a développée en créant une corporation et s’est fait remercié et renvoyé dans sa forêt. Mais il a été le premier, c’est ce qui est le plus important pour Jack.


Jack me propose de m’accompagner un peu en vol. Vol patrouille à deux en guise d’au revoir.

La collection de mines de tous métaux continue, mais je commence à faire la collection de moulins à bois désaffectés. Un ou deux, sur des provinces différentes, ok, je peux penser que c’est un accident mais les dernières étapes m’en ont fait découvrir beaucoup. C’est un constat nouveau pour moi, même si je l’ai beaucoup rencontré au Québec. Alors on m’explique. Le bois est de plus en plus loin du lieu de son traitement, il nécessite de plus en plus de transport et devient moins rentable, alors les moulins sont fermés et les personnels licenciés. On comprend mieux que la forêt ait été mise à blanc autour des moulins. Le panorama laissé en attendant est souvent désastreux. Au début, une maintenance de sécurité est organisée. Ensuite, les années permettent parfois une démolition progressive des installations.

En attendant, pas un brin d’herbe n’émerge alentour. Pourtant, les routes de l’Ontario ne m’ont pas donné le même spectacle désolé de l’exploitation intensive de la forêt qu’au Québec.


Ici, les châteaux d’eau portent le nom de leur ville, c’est pratique en vol ! Le ciel est chargé d’une couche de nuages élevés ce qui me réserve des photos plus tristes mais aussi une facilité de pilotage car je ressens peu de turbulences. Le vent reste à l’ouest à 10kt. Je suis la Transcanada du nord de l’Ontario.

Peu de temps après avoir tourné vers le sud pour suivre la route vers White River, je sors de sous le nuage et le soleil est éclatant. Là, commencent les turbulences dures, le vent du sud, encore de face, les aspirations par les cumulus, et la mise en sommeil de l’appareil photo… pour garder les deux mains sur la barre ! parfois, je grimpe de 1000ft en une ou deux minutes. Ce sera ainsi pendant près de 300 km , je diminue le régime moteur.


Pourtant, le paysage me réserve des lacs vert émeraude parsemés d’iles. Je survole aussi une déchetterie où je pense voir des ours. Photos pour vérifer !


En arrivant vers White River, la ville de naissance de Winny the Pooh, (Winny l’ourson) le relief s’accentue et fait place à des montagnes de roche. C’est à partir de là que je retrouve la Transcanada du sud vers Marathon, c’est aussi ici que la forêt a été mise à nu par un incendie il y a de cela huit ans et c’est aussi la ville qui a une gare de triage où des trains géants sont préparés.

D’ailleurs, bien que volant à 3000 ft, il me faut trois photos pour faire l’ensemble du train en préparation, et il n’est pas terminé !


Et je suis la route jusqu’à Marathon. Je la connais bien pour l’avoir déjà survolée une fois dans chaque sens l’année dernière. Mais avec la lumière différente, tout est toujours nouveau !

Julie et Gilles m’attendent à l’aéroport, retrouvailles chaleureuses.

24th stage - August 9, Kapuskasing - Marathon 419km - 5:26

Kapuskasing is a small town that lives on its sawmill, it is huge and the only place of work for the majority of the population of the city.

I also saw an old station with its museum. This is the first time I see a steam locomotive in Canada. I could see some old railway stations, I could count on the fingers of one hand, but without wheeled vehicles !

Jack takes the time to show me around while Denise prepares the meal. Denise is passionate about genealogy. She works on the lines of his family to Normandy, where it originates. What strikes me most about her is that this work takes her not to spend her life in the past, but rather to do something to live here and now for the future. This is the first time I feel that in the presence of genealogists. She organizes meetings of enthusiasts, she traveled to France, she grows both languages in his family and welcomes children to be proud of speaking French. We talk about this phenomenon of language in Canada. This country has behaved perfectly open and brave in choosing to have two official languages. It is necessary to be in harmony with his choice, for example by requiring that federal employees be bilingual, demanding information about consumer products in both languages, etc.. Schools are Francophone or Anglophone, there exist no truly bilingual, as in Britain, for example. By cons, children are caught in loyalty conflicts between parents, teachers, friends. Because it is often out of question for each to learn the language of others, as if it were an insult, a betrayal-a-vis parental choices. Even if they learn a language early, when parents must choose the school because of local constraints, children tend to forget the other language, they do not grow their assets. Even books for children are never writen in two languages ! In this family, if Denise is French origin, she usually speaks English. Jack English, never learned French,than it is often the case.

Any said, me, for seven French women who marry a English speaking, only one man will learn French. It is the impact of history. Well, thanks to the grandchildren, some of whom live in Quebec and Francophones are, as Jack begins to learn French to communicate with them ! And he is happy to speak to me in French when he can. If you knew as a mixture of feelings burning hot for all Canadians : intolerance, injury, exclusion, segregation, choice peremptory Tough ! Finally, in my eyes, the true Canadian, is bilingual, as their country ! With a little goodwill, improvements could be made : all the books could be a double page of a French side in the other in English, all children’s books in both languages, all the news on TV subtitled, real bilingual schools where both languages are well balanced, etc.. Already labeling of all products sold in Canada is conducted in both languages, good, okay, it’s not perfect yet, sometimes the translations are done in a funny way ... but it exists, so why no more ? And I see day after day, many people say they suffer from this condition separatist get ideas for improving things, find the interest to be bilingual, etc.. Northern Ontario holds many francophones who are proud of their language but are bilingual. They make sure to keep and even expand it. They even have an association and a flag to recognize.

At the airport, a couple joined us, English, but they are proud to try to talk to me in French ! So because I am a French from France, not Quebec French is the weight of history. So many Canadians are attached to France, as they are divided in their own country because of historical events that have opposed and torn.

On the way to the airport, I fell in ecstasy before an enormous tool carried on a truck. Jack explains that he is the hydraulic tool used to exploit the forest. He remembers his father, who lived in The Great Slave Lake in the Northwest Territories, was the first designer to craft a similar but not hydrolic power at this time, at the base of a tractor, he filed his invention, has created a company, has developed in creating a corporation and has been thanked and returned to his forest. But it was the first, is what is most important to Jack.

Jack propose to accompany me during a little flight. Vol patrol two by way of goodbye.

The collection of mines of all metals continues, but I begin to make the collection of disused sawmills. One or two, on different provinces, ok, I think it was an accident but the last stages made me learn a lot. It is a fact new to me, although I have met many in Quebec. Then we explain. Wood is increasingly far from the place of treatment, it requires more transportation and becomes less profitable, so the mills are closed and employees laid off. It is understandable that the forest had been underneath around the mills. The panorama is often left waiting disastrous. At first, maintenance of security is organized. Then, years sometimes allow a gradual demolition of facilities. Meanwhile, not a blade of grass emerges around. However, the roads of Ontario does not give me the same sorry spectacle of intensive exploitation of the forest in Quebec.

Here, the water towers are named after their city, it is convenient flight !


The sky is loaded with a layer of high clouds which I provided pictures of the saddest but also ease of handling because I feel some turbulence. The wind is in the west to 10 kt. I follow Transcanada northern Ontario.

Shortly after turning south to follow the road to White River, I go out from under the cloud and the sun is shining. Here begin the hard turbulence, the south wind, still face, aspirations through the cumulus, and the shelving of the camera ... to keep both hands on the bar ! Sometimes I climb to 1000ft in a minute or two. This will be so for nearly 300 km, I lower the engine speed.


However, I reserve the landscape of emerald green lakes dotted with islands. I fly as a waste when I expect to see bears. Photos to check !

Coming to White River, the birthplace of Winny the Pooh (Winny the Pooh) and is the hilly regions up to the mountains of rock. It is from there that I found Transcanada south to Marathon, is also here that the forest has been exposed by a fire there eight years ago and this is also the city that has a station yards where trains are prepared giants. trains, while flying at 3,000 ft, I have three pictures to the whole train in preparation, and it is not finished !

And I follow the road to Marathon. I know well, having already flown once in each direction last year. But with different light, everything is always new ! Julie and Gilles waiting for me at the airport, warm reunion.


Commentaires

mardi 3 avril 2012 à 21h52

11 octobre 2010, par odile
Bravo Serge pour le site du Mont Seven que tu entretiens de manière très vivante et dans les deux langues en plus. Tu as la chance d’être bilingue parce que tu as su passer d’un monde francophone à un autre anglophone, je t’envie et surtout je t’admire, quelle adaptation ! Quel courage aussi. J’ai beaucoup de bonheur à aller sur le site et à voir comment vous le manipulez ce français qui nous rassemble. Tu es souvent elliptique au point d’utiliser noms et verbes dans un mélange superbe, donnant plein de vie à notre langue un peu figée parfois. En tout cas, je peux te dire que j’ai beaucoup de plaisir à voir comment vous l’utilisez, avec quelle finesse et quelle ouverture. Bravo, et merci de nous donner cette chance de la voir travaillée de cette manière. PS : je ne savais que certains anglophones s’arc-boutaient sur une opposition systématique à la langue française. En Ontario du nord, je sais que des villes ont deux collèges, chacun dans une langue et qu’une association de défense de la langue et de ces écoles existe avec un beau drapeau blanc et vert. Pendant mon séjour cette année, j’ai eu l’occasion d’entendre l’énorme révolte des francophones par rapport à l’utilisation du traducteur de google pour les documents officiels, notamment en Alberta. Mais je ne sais pas ce qu’il en est advenu. Le gouvernement semblait reconnaître qu’une évolution de la situation devait intervenir. Mais qu’en est-il au niveau provincial ?

mardi 3 avril 2012 à 21h52

10 octobre 2010, venant de lns-bzn-46-82-253-233-17.adsl.proxad.net
Et bien toi au moins tu n’as pas la langue (et même les langes)de bois, Serge. Merci.

mardi 3 avril 2012 à 21h52

9 octobre 2010, par Serge
Site à visiter : mt7.ca
Bonjour Odile, Ton analyse des effets de la langue est très bonne. Il y a une bataille épique qui rage encore entre francophonie et anglophonie. Du côté anglophone, il y a des gens qui forcent l’arrêt de l’utilisation du français par tous les moyens. Je les appelle les "french-bashers". Ces french-bashers existent au moins depuis la conquête par l’Angleterre, mais date probablement d’avant. Il semblent avoir été formés lorsque les Normands furent chassés de France ! La haine a la vie longue... à+tard, Serge.

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mardi 28 mai 2013

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