Etape 30 - Elliot Lake

lundi 20 septembre 2010
par  Céline
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  • Ultime étape, la 30ème. Dimanche 5 septembre. Elliot Lake On à Bright, proche de Kitchener On. 411km en 3h36.

A 6h, il pleut, je me rendors pensant que le départ ne sera pas pour aujourd’hui. A 8h, il fait soleil et peu de vent sur le lac. Météo. Ce n’est pas formidable comme conditions mais bien meilleur qu’hier, je vais tenter de me rapprocher de chez mon fils dans le sud de l’Ontario. Je ne suis pas sûre de pouvoir aller bien loin, mais je verrai et je déciderai en route. D’ailleurs, le vent devrait passer de NNO à SO sur les 400km qui me séparent de mon point d’aboutissement au sud-est d’Elliot Lake.


Denis m’accompagne à l’aéroport. Préparation habituelle. Je suis aussi aidée par le monsieur de l’aéroport qui avait souhaité être prévenu de mon départ. A trois, nous allons vite, ce qui me permet de remonter l’aile facilement en tournant Charlie de 180° par rapport au vent. Celui-ci est important aujourd’hui encore avec 20kt, rafales à 25kt aussi. Ici, il souffle du NNO donc favorable, il est glacial. Le plafond est gris foncé mais suffisamment haut pour assurer des survols d’eau. Durant toute la préparation, comme d’habitude, je surveille comment évolue le temps.

Manifestement, mes accompagnateurs se posent des questions et trouveraient normal que je renonce. Moi, un peu moins, je sais que je peux voler dans ces conditions, que les limites techniques relatives à Charlie ne sont pas atteintes, que les conditions changent au cours de la journée et aussi en fonction du déplacement. Quant aux jours suivants, ils risquent d’être pires.

Je m’envole à 10h40, munie du gilet de sauvetage réglementaire pour traverser une grande étendue d’eau en dehors des limites d’atteinte des rivages en cas de panne moteur. Le plafond est à 4000ft, glacial.


Quand j’ai rejoint les bords du lac Huron, le vent me pousse avec plus de force. La transcanada 1 vers l’Est est mon fanal pendant un moment puis je la quitte pour passer la montagne qui borde le lac et atteindre les iles Manitoulin. C’est quelques 40 km hors route. Le plafond baisse à 3000 ft au survol de l’eau, le froid est important sous les cumulus aux bases noires. Le survol des iles redonne un peu de clarté et un plafond légèrement plus haut, mais je stagne à 3500 ft, ce n’est pas assez pour assurer la traversée. Toutefois, je vois loin vers le sud le bleu du lac et le soleil inonde l’eau lui donnant une couleur turquoise profonde, preuve que la masse nuageuse disparaît plus loin au-dessus du lac. Je prends donc la décision de continuer vers le passage entre la baie Georgienne et le lac Huron. C’est 40km de traversée qui me font gagner environ 150km au Nord-Est où des pluies sont prévues toute la journée.


Et en effet, quand je quitte le rivage, je peux monter dans un ciel magnifique sans nuage qui brille d’une lumière éblouissante. Je grimpe jusqu’à 7500ft mais le froid est intense, j’ai l’onglée et je frissonne. Quand j’avais consulté la météo, les prévisions de vent à 6000ft mentionnaient -4°C à cette altitude, hors je suis plus haut et avec le vent dû à la vitesse, c’est beaucoup moins. Quelques timides formations nuageuses passent sous moi. Mais la traversée ne dure qu’une vingtaine de minutes du fait du vent qui me pousse à près de 170km/h sans rafales à cette altitude. Je vérifie les paramètres moteur, pour me rassurer : 80°C pour l’eau malgré la protection installée depuis quelques semaines, 85°C pour l’huile. Les iles les plus proches me donnent une fausse impression de sécurité, elles ne sont que rocher et arbres. J’ai le temps de savourer les couleurs quand même, de croiser le ferry, de voir s’échouer les vagues, de profiter de la magie du ronronnement sans faille du moteur au-dessus de l’eau. Dès que le rivage est atteint de l’autre coté, je redescends sous le plafond, tant pis pour la vitesse gagnée du fait de l’altitude, la masse d’air est trop froide pour continuer au soleil, je préfère descendre au-dessous des nuages qui se concentrent à nouveau au-dessus des terres.


A partir de ce moment, c’est la fin de la roche, de la forêt, des marécages : la brousse est terminée et remplacée par des cultures. Je ressens comme un déchirement cette transformation qui m’éloigne aussi des habitants de la brousse, de l’orignal et de l’ours. Enfin je peux suivre une route droite, celle du gps ! Avec ce passage, j’ai la nette sensation de la fin du voyage, du dernier vol au Canada, de la fin de cette aventure 2010.

Je longe longtemps la côte Est du lac Huron. Ses belles couleurs bleues sont frangées du blanc de l’écume des vagues qui s’échouent sur son rivage. Les cultures sont vertes et orangées, probablement des haricots et pois en tous genres : verts, jaunes, rouges et soya. Les carrés du découpage agraire sont relativement petits par rapport à celui des grandes prairies. Ils semblent bien avoir les 2 miles par 2 miles, mais ils présentent des découpages intérieurs tandis que leurs homologues de l’Ouest sont d’une pièce unique.

Par endroits, le ciel est plus clair, à d’autres, il est noir. Les rafales se font sentir, sans excès, sans coup dur. Charlie danse sagement sans prendre trop d’initiative ludique. Je chemine dans cet espace civilisé comme je n’ai pas vu depuis longtemps : des maisons, des domaines agricoles, des petites villes, « à tout bout de champ ». Dans les prairies, c’est loin d’être aussi dense. J’entends aussi quelques contacts radio mais ne vois aucun avion. Quand j’arrive au niveau de Toronto, la lumière me permet de voir les immeubles de la ville au loin à une centaine de km. Kitchener est proche. Le METAR enregistré dans son aéroport me confirme un vent sud-ouest de 20kt avec rafales à 25. J’ai de la chance, la piste privée sur laquelle je suis attendue est orientée 07/25. C’est chez Ed et Kathy Lubitz, presque l’homologue de Dominique Méreuze dans ses fonctions de présidente de l’union des pilotes d’ultra-légers du Canada, il s’agit d’une association et non d’une fédération.


Je fais mes annonces et quand j’arrive en vue, je peux voir que je suis attendue. Du fait du vent aujourd’hui, personne ne vole mais le hangar est ouvert pour y accueillir Charlie. Je descends au dernier moment, je prends large pour avoir le temps de bien repérer comment fonctionnent les rafales sur la piste en herbe. Atterrissage court, roulage jusqu’au hangar commun et retrouvailles dès que Charlie est en lieu sûr. Kathy me dit que je suis folle (crazy), qu’elle ne vole pas par un temps comme celui-là ! Son hospitalité est touchante, à boire, à manger, me réchauffer sont ses préoccupations immédiates. Merci.

Jean, mon fils, arrive un peu plus tard. Là aussi, c’est du grand bonheur. Nous ne nous sommes pas revus depuis l’année dernière quand j’ai quitté le Canada.

Si le temps le permet, mais j’en doûte, je volerai un peu et ferai découvrir le pendulaire à Kathy. Elle enseigne sur Beaver ultra-léger et n’a jamais eu l’occasion de voler en pendulaire. Et puis, avec l’aide de Jean, je descendrai la voile de Charlie. Nous lui fabriquerons une boite pour un hivernage correct à l’abri des souris et des écureuils. Et ils seront entreposés ensemble dans un garage jusqu’à l’année prochaine. Et samedi, ce sera le retour en France.

Final stage, the 30th. Sunday, September 5. Elliot Lake is in Bright, near Kitchener On. 411km in 3:36.

At 6am, it’s raining, I fall asleep thinking that the departure will not be for today. At 8am, it’s sunny and little wind on the lake. Weather. This is not great but much better conditions as yesterday, I’ll try to get closer to my son in southern Ontario. I’m not sure I could get very far, but I see and I will decide on the way. Besides, the wind should rise from NNW to SW about 400 km that separate me from my point of destination in SE of Elliot Lake.

Denis give me a ride to the airport. Preparation usual. I’m also helped by the man from the airport who wanted to be informed of my departure. Three, we will quickly which allows me to go back wing Charlie easily turning 180 degrees to the wind. It is important today with 20kt, gusting to 25kt too. Here wind blows the NSN favorable, it is cold. The ceiling is dark gray but high enough to provide overviews of water. Throughout the preparation, as usual, I monitor how the evolving times.

Obviously, my supporters are asking questions, and find it normal that I give up. Me, a little less, I know I can fly in such conditions, technical limitations related to Charlie are not met, the conditions change during the day and also on the move. On the next days, they may be worse. I fly at 10.40, fitted lifejacket regulations to cross a large expanse of water outside the limits of the shore in case of engine failure. The ceiling is 4000ft, icy. When I reached the shores of Lake Huron, the wind pushes me with more force. TransCanada1 an eastward is my lantern for a while then I left to cross the mountain that borders the lake and reach the Manitoulin Islands. This is some 40 km off road. The ceiling drops to 3000 ft above water, the cold is important in the black cumulus bases. The overview of the islands gives a little clarity and a slightly higher ceiling, but I stuck at 3500 ft, this is not enough to ensure passage.


However, I see far to the south of the lake blue and the sun floods the water giving it a deep turquoise, evidence that the cloud mass disappears farther above the lake. So I took the decision to continue the transition between Georgian Bay and Lake Huron. It is 40km from crossing that make me gain about 150km north-east, where rain is forecast throughout the day. And indeed, when I leave the shore, I can climb into a cloudless sky beautiful shining a bright light. I climb up to 7500ft but the cold is intense, I get numb and I shudder. When I consulted the weather forecast of wind at 6000ft mentioned -4 ° C at this altitude, I’m out above and with the wind due to the speed is much less. Some timid cloud formations pass under me. But the crossing takes only twenty minutes because the wind pushes me to almost 170km / h without gusts at this altitude. I check the motor parameters, to reassure me : 80 ° C for water despite the protection installed in recent weeks, 85 ° C for oil.

The islands closest to giving me a false sense of security, they are only rocks and trees. I have time to enjoy the colors anyway, crossing the ferry, seeing the waves washing up, enjoy the magic of seamless hum of the engine above water. When the shore is reachable from the other side, I descend below the ceiling, so much for the speed gained due to the altitude, the air mass is too cold to go in the sun, I prefer to fall below clouds that focus again over land.


From that moment, it’s the end of the rock, forest, wetlands : the bush is over and replaced by crops. I feel like tearing me away that this transformation also inhabitants of the bush, moose and bear. Finally I can follow a straight road, that of GPS ! With this passage, I have the distinct feeling of the end of the journey, the last flight to Canada from the end of this adventure in 2010.

I walked along the long east coast of Lake Huron. Its beautiful blue shades are fringed with white foam of the waves that wash up on its shore. The crops are green and orange, probably beans and peas of all kinds : green, yellow, red and soybeans. The square-cut land are relatively small compared to Grandes Prairies. They seem to have the 2 miles by 2 miles, but show internal divisions while their western counterparts are unique.


In places, the sky is clear, in others it is black. The gusts are felt, without excess, without a blow. Charlie dance wisely without taking too much initiative fun. I fly in this civilized space as I have not seen for a long time : houses, agricultural fields, small towns, "at every turn." In the Prairies, is not nearly as dense. I also hear some radio contacts but do not see any aircraft. When I arrived close Kitchener, the light allows me to see the buildings of the city of Toronto off at a hundred miles.


Kitchener is near. METAR registered confirms me in the airport wind southwest 20kt gusting to 25. I’m lucky, the private runway on which I am expected is oriented 07/25. It is at Ed and Kathy Lubitz, almost the counterpart Dominique Méreuze in his duties as president of the union drivers Ultralight Canada, it is an association and not a federation. I’m doing my ads and when I come to, I can see that I am expected.


Because the wind today, but no one steals the hangar is open to welcome Charlie. I get off at the last moment, I’m off to have the time to identify how are the gusts on the grass airstrip. Short landing, taxiing to the hangar and shared a reunion as soon as Charlie is in a safe place.

Kathy says I’m crazy (crazy), she does not fly in weather like this ! Her hospitality is touching, drinking, eating, warm myself were her immediate concerns. Thank you.

Jean, my son, arrived a little later. Again, it’s great happiness. We did not seen since last year when I left Canada.

If time allows, but I doubt, I’ll steal a little and discover the delta trike to Kathy. She teaches on Beaver ultralight and has never had the opportunity to fly a delta trike. And then, with the help of Jean, I’ll go down the wing of Charlie. We will homemade him a box for a winter correct immune mice and squirrels. And they will be stored together in a garage until my go back next year. And Saturday, I will return to France.


Commentaires

mardi 3 avril 2012 à 21h58

6 octobre 2010, par odile
Qui sera le 20.000ème visiteur ou visiteuse ? Faites une copie d’écran et faites nous la parvenir sur la boite à lattre : envoleeaucanada@free.fr avec vos coordonnées, nous prendrons contact avec vous ensuite !

mardi 3 avril 2012 à 21h58

3 octobre 2010, par odile
les filles, vous faites fort !

merci de votre soutien, tout au long du voyage et même après, ça fait chaud au coeur.

je vous dis à bientôt, je donnerai des nouvelles de temps en temps, même après le prochain article qui vous racontera bientôt ma dernière semaine au Canada et mon retour en France. il est sous presse.

Et je vais préparer le prochain voyage, je suis trop bien pendant ces moments... il me reste encore un peu de congés à finir (ou à perdre) en 2011, je préfère que ce soit à finir, mais on ne peut pas toujours décider de tout non plus ! j’ai encore plein d’envies, retour sur les Rocheuses vers la mer de Beaufort ? ou au contraire Newfoundland (Terre-Neuve)en tout cas, je vais essayer de passer mon test d’anglais pour pouvoir aller aux Etats ensuite, Hoskosh et les paysages me tentent, ambitieux non ?

Ici, en France, j’ai recommencé de voler. c’est difficile de passer d’une réglementation à une autre comme cela, de moyens différents, on ne sait plus sur quoi compter. en matière de météo aéronautique, le Canada est beaucoup plus fort, il tire les pilotes vers le haut, ils ne peuvent que devenir meilleurs. par contre, au niveau des cartes, la France est plus claire, mais elle a intérêt parce que c’est aussi beaucoup plus surchargé du fait des domaines réservés multiples et à tous niveaux. Mais c’est drôle pour moi de passer des espaces géants du Canada à ceux minuscules de la France, les champs ne sont pas carrés et ne font pas 2 miles sur 2 miles ; les forêts peuvent se contourner ou être survolées, je perds le réflexe de suivre les routes pour les passer... les temps de vol sont réduits.

aujourd’hui j’ai rencontré un pilote voyageur qui a fait le tour du monde, vous pouvez aller sur son site : www.flying-doctor.ch

merci de tous ces bons moments passés ensemble, à bientôt et pour certaines en vol...

mardi 3 avril 2012 à 21h58

3 octobre 2010, par odile
Bonjour Sylviane,

il y a longtemps que je ne t’ai pas mis un petit mot. Voilà, ce soir, je peux te dire que ce qui m’a finalement le plus manqué, ce sont... les fruits et les légumes ! J’ai commencé à m’en rendre compte en fin de voyage et c’est encore plus criant maintenant : j’ai pris la controverse en privilégiant les fruits et légumes quotidiens !!!! je ne m’étais pas rendue compte à quel point ils m’avaient manqué. Ce qui n’empêche pas que j’adore la manière de manger au Canada, et que je la continue ici (burger, toasts, blé d’inde, etc) car simple, bon et rapide mais, améliorée des habitudes françaises. Là-bas, on trouve toujours des fruits et des légumes dans l’assiette unique, en même temps que le reste dans le menu, mais jamais en plat comme chez nous, seulement en une garniture avec un choix multiple, coloré, bien présenté, excellent, et dans des quantités finalement très petites chaque jour. Et très peu de fruits secs et d’amandes. D’abord, les noisettes (dénommées avelines) sont importées, il n’en est pas cultivé, elles sont difficiles à trouver. Mais même les amandes, plus faciles à trouver bien qu’importées sont résiduelles, et peu de personnes les utilisent dans leurs salades ou préparations crues.

Voilà, je voulais rectifier la réponse que je t’avais faite.

à bientôt, sur un terrain peut-être

mardi 3 avril 2012 à 21h57

24 septembre 2010, par Sylviane Chamu
J’ai aussi beaucoup voyagé au travers de tes récits et de tes photos Odile . J’attends impatiemment l’occasion de te saluer "en vrai" et j’espère que ce sera avant l’AG de 2011 tout de même . Je te souhaite beaucoup de courage pour reprendre une vie sédentaire après tant de voyages et de rencontres. Tu as du beaucoup manquer aux gens qui te connaissent et à ta famille, aussi profite bien des bons moments au pays avec eux . Merci à ta fille, elle est vraiment géniale !

Bisous et à très bientôt j’espère

Sylviane

mardi 3 avril 2012 à 21h57

22 septembre 2010, par cacou
Merci mille fois à toi Odile d’avoir partagé cette année encore ton voyage avec nous. Cela a été passionnant de le vivre avec nos yeux, par la lecture et les photos insérées dans les étapes. Mille mercis aussi à Céline et à sa famille d’avoir pris le temps de mettre à jour le site. Nous nous sommes cette année encore régalés avec nos yeux. Charlie est à l’abri pour l’hiver, mais nul doute que les retrouvailles avec lui et les Canadiens seront à l’ordre du jour en 2011. En attendant, nous te souhaitons une bonne reprise pour le travail. Les photos ont été bien appréciées. Une petite voyageuse... Cacou

mardi 3 avril 2012 à 21h56

21 septembre 2010, par Bouvier
Site à visiter : Bravo
Eh bien encore une fois : chapeau Mme la pilote ! Ah bientôt de te voir en pleine forme et remplie de tous ces bonheurs que seul le voyage apporte ! Monique

mardi 3 avril 2012 à 21h56

21 septembre 2010, venant de AGrenoble-652-1-189-30.w90-36.abo.wanadoo.fr
bonjour odile

c’est terminé pour cette année ? c’était super pour nous également, tu nous as fait vivre de très bon moments, images magnifiques, bravo et à bientôt j’espère, je t’embrasse très fort

mireille camp-gentilhomme

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mardi 28 mai 2013

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