Etape 05 - Bonaventure

jeudi 17 juin 2010
par  Céline
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  • Du 13 au 15 juin.

Le dimanche à la base des pompiers est un jour comme les autres : on attend qu’un feu se déclenche pour entrer en action. Des capteurs répartis sur la région et l’analyse des paramètres récoltés (humidité de l’air, température, etc.) combinés à d’autres tels que nature de la forêt concernée, végétation sous les arbres… déterminent automatiquement le niveau de risque de feu. Ce niveau est affiché aux yeux de tout public sous la forme de couleurs.


Pour les soldats du feu, l’attente se résume à peu de chose obligatoire : un briefing dans la journée, parfois des exercices et jeux d’entrainement, le nettoyage des avions qui reviennent d’une opération de lutte contre la tordeuse, cet insecte qui dilapide les forêts du Québec et des Maritimes. L’ennui guette malgré la mise à disposition de salles pour la consultation d’internet, d’une télévision. Mais la convivialité et la bonne humeur sont de mise, tout le monde se côtoie avec gentillesse et l’humour permanent.


Au gré d’un rayon de soleil je fais connaissance avec le TBM. 


J’en profite pour mettre à jour articles et messagerie. Mais nous prenons le temps aussi de voir ce qui peut être fait pour améliorer les résultats de la radio. Déjà, nous éloignons Gps et radio. En effet, Guy a l’information que ces deux éléments (avec l’ICA6) doivent être distants de 60cm environ pour ne pas se nuire. Les essais nous confirment que la proximité des deux brouille le signal. Pas facile de les éloigner quand tout est prévu autrement ! un vol d’essai après installation différente me permet d’apprécier la différence, mais ce n’est pas le silence complet pour autant. Nous allons tenter les solutions préconisées par les auteurs de messages sur le site. Tout d’abord la ferrite. Nous n’en trouvons pas à Miramichi, mais après réflexion, nous constatons que justement certains éléments en comportent déjà une comme le chargeur Icom. Nous montons donc le chargeur à demeure sur la console mais les essais n’auront lieu que sous le hangar faute d’un temps suffisamment opportun pour voler. Car ce lundi, il pleut et demain si le ciel bleu est de retour, les rafales souffleront de l’ouest à 50km/h à Miramichi et à 80 en bord de mer.


Pendant ce temps, un Hercules utilise la piste au plus grand plaisir des pilotes de la base.


Tout ceci ne nous empêche pas d’aller nous promener en voiture car Guy est dans la même situation que moi, il ne peut pas rentrer chez lui puisqu’ il est venu en vol de St-Hyacinthe à Miramichi. Nous devons attendre des conditions favorables de vol.


Nous allons vers le nord, le temps doit s’y découvrir plus rapidement et Guy ne connait pas. Ce sont les contrées que j’ai survolées pour arriver jusqu’ici. J’aime bien voir par la route ce que je survole.


Je reconnais des sites, des ouvrages, des formes, des couleurs. Ainsi je comprends mieux aussi ce que j’ai découvert par les airs. Les tourbières qui me paraissaient pouvoir être un havre d’accueil en cas de panne me font envisager les choses avec beaucoup de retenue ! c’est certainement possible, mais pas forcément dans n’importe quel sens car les fossés qui leur permettent de s’égoutter ont près de 2m de profondeur, et les tas de tourbe qui sèche en bout de rang mesurent probablement entre 5 et 10m. Les couleurs déterminent aussi le degré d’égouttage des parcelles, plus foncé plus humide, plus clair plus sec. Le long de la route des lignes électriques, composées des poteaux de bois habituels puisqu’ici le bois est roi, abritent des nids de rapaces. Des tiges métalliques les dissuadent de nidifier mais certains arrivent néanmoins à s’en accommoder. Dans ce cas-là, le poteau « habité » est transféré un peu à l’écart des fils le temps de son occupation et remplacé là où il a été prélevé. De plus, comme nous sommes proches de la mer, pour dissuader les goélands de voler près des lignes, des leurres de divers rapaces en plastique sont installés tout du long, donnant une sensation étrange.


Visite de l’aquarium de Shippagan NB. Evidemment, pour mes Bretons favoris, aucune comparaison n’est possible avec Océanopolis de Brest. Mais je découvre des aquariums bien renseignés, bien fournis, parfaitement entretenus et des espèces différentes des nôtres : les concombres de mer ne sont pas les mêmes un peu moins doux aussi au toucher (je pense à toi Justine), les étoiles non plus, avec des bras en nombre très divers. Les phoques font des pitreries. Donc que du plaisir.

Quant au film de 20 mn qui nous est présenté, une petite merveille de qualité et d’intérêt. C’est un film en français (et en anglais bien sûr) réalisé par la BBC qui a pour titre « les travailleurs de la mer ». Et j’y trouve la réponse à de nombreuses questions. Notamment, la photo des fous que je vous ai envoyée, il s’agit bien d’un banc de caplans et les silhouettes qui m’intriguaient sont celles des fous qui ont plongé et sont sous l’eau. Et le nom des poissons que les pêcheurs attrapent actuellement : le gaspereau, vous connaissez ?


Aujourd’hui, le ciel est magnifique, d’un bleu parfait mais le vent est énorme et ne se calmera pas avant 19h, donc, nous ne pouvons pas espérer quitter la place avant demain matin.

  • 12 juin 2010 – Bonaventure Qc à Miramichi NB : 335 km 3h58

Après une bonne nuit, c’est le départ d’un avion proche qui me réveille vers 8h.

Je passe la matinée à l’aérogare, avec Rolland, Roch et la dame de Pascan. Pascan, c’est une compagnie privée qui relie les Iles de la Madeleine, Bonaventure, Québec et Montréal chaque jour. Ici, on dit nolisées les privés qui mettent leur avion à disposition d’un service sous forme de compagnies. L’avion offre 8 places seulement, comparativement au Dash 8 qui en offre environ 25 à 30.

La dame qui pèse les bagages, enregistre, accueille les passagers avec café et muffins maison. Je suis l’invitée, j’en goute un aux baies rouges de canneberges. Un délice.

Rolland m’invite à la tour, lui aussi aime voyager, il me raconte le Costa Rica, le Vietnam, et sa fille Anik Jean qui a enregistré son 5ème disque et fera peut-être une tournée en France durant l’automne.

Roch m’amène en ville pour y déjeuner. J’y constate la présence de nombreux drapeaux bleu/blanc/rouge avec une étoile ou un soleil dans la partie bleue, et le chiffre de 250 inscrit dessus parfois. Il s’agit du 250ème anniversaire de la déportation (« le grand dérangement ») des Français par les Anglais après la perte de la guerre qui les avait opposés. Les destinations de ces Acadiens étaient surtout les Antilles, et le sud des Etats-Unis : Caroline, Lousiane, parfois la Georgie. Les familles étaient découpées, hommes, personnes âgées, femmes et enfants étaient souvent séparés et envoyés par bateau à des endroits différents. Certains étaient renvoyés en France. Ils étaient démunis de tout. Parfois, ils ont mis des années à faire le chemin inverse par la terre et sont revenus. C’est le retour que raconte le livre « Pélagie La Charrette ».

Je fais le plein et après avoir terminé la préparation du vol, je décolle en début d’après-midi. Vent de face, je prends le temps de regarder cette Gaspésie défiler sous mes ailes. C’est tellement beau ! je fais le tour de la baie des Chaleurs car la traversée est très large et je ne vois pas pourquoi risquer un passage alors que je suis là pour découvrir et contempler puisque c’est magnifique, je ne suis pas pressée, je prends le temps, je vole. Au goulet en face Charlo, la passe est de 5km, ça ne présente aucun risque, je monte au niveau de la montagne pour ne pas rester dans les rouleaux du vent, et je mets cap inverse, je suis alors poussée à 130 km/h pour quelques temps.

Je quitte la Gaspésie qui recèle des paysages d’une beauté extraordinaire entre la mer, ses côtes et la montagne avec ses forêts et ses rivières à saumon. En même temps, je rentre dans la province du Nouveau-Brunswick ou New-Brunswick, et j’accuse un changement de fuseau horaire, je ne suis plus qu’à 4h de Greenwich et à 5h de la France.


Je suis encore la côte, ou peut-être me suit-elle compte tenu de la vitesse. Elle se présente encore sous diverses formes. Un temps de roche orangée, un temps de gris, un autre de beige, avec ou sous roche, avec ou sans falaises et même du sable avec des lagunes presque fermées. Je me risque à descendre le plus bas possible pour survoler ces zones désertiques réservées à l’accès par bateau. Mais les turbulences sont terribles car le vent de la terre et je ne pourrai pas descendre à moins de 120m par sécurité.


Je retrouve des tourbières, et des paysages beaucoup plus plats, si la forêt existe encore, elle est moins omniprésente et sans la montagne. La dernière heure de vol sous les cumulus est du type machine à laver mais Charlie sautille, en crabe ! j’ai les deux mains scotchées au dernier tiers de la barre pour tenir le cap.


Arrivée à Miramichi, je me rends au centre des pompiers volants ou soldats du feu, où je suis accueillie par Guy de St-Hyacinthe. C’est sa base, mais pas pour longtemps encore car samedi après-midi, il recevra un message téléphonique le licenciant pour dimanche soir ! Expéditif ! Il faut réduire les couts, car cette année, il n’y a pas de feu au New-Brunswick. Charlie est entouré de tous les pilotes et mécaniciens qui amusés, qui stupéfaits, tous incrédules.

Le chalet (traduisez maison secondaire et en l’occurrence pavillon d’été) d’un collègue parti en vacances est mis à ma disposition. Samedi 12 juin.

A 7h, Guy vient me chercher pour aller prendre le petit-déjeuner en ville. Il travaille à partir de 11h, nous avons le temps d’aller jusqu’à un village de pêcheurs et au cap Lumière. C’est beau, la température est excellente, le soleil est de la partie et avec le vent, le mélange est très agréable. Les rochers semblent être faits d’une roche de sable compacté et feuilleté, mais elle est solide ! La pêche du homard se fera en août contrairement à la Gaspésie qui le pêche maintenant. La saison de pêche du homard dure 40 jours seulement. Actuellement, la pêche est d’une espèce de poisson inconnue pour moi, réputée pleine d’arrêtes mais excellente, du type de la morue (traduisez cabillaud, ici on ne connait pas la différence). Nous découvrons des aspirateurs à poisson dans le port. Il s’agit d’espèces d’engins qui aspirent les poissons dans la cale des bateaux et les régurgitent dans des bacs carrés en plastique qui ressemblent à des viviers. La mer est basse, nous ne pouvons pas assister au déchargement. Nous passons au village du drapeau acadien, comme il se doit, un énorme drapeau flotte au-dessus de la ville. Le New-Brunswick est une province réputée pour avoir la moitié de sa population anglophone et l’autre francophone.







Sur les talus, les lupins bleus et roses poussent comme des herbes folles. En route, nous voyons un coyote.



Guy me fait visiter les avions de lutte contre le feu, je ne vous mets que deux photos. Le Cessna Sky Master affublé de plusieurs surnoms, dont Push-Pull, du fait qu’il a un moteur à l’avant et autre à l’arrière ; et le TBM Avenger de la firme Grumman.




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mardi 28 mai 2013

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